Question écrite
Département : Vice-première ministre et ministre
des Affaires sociales et de la Santé publique
Sous-département : Affaires sociales et Santé
publique
Titre : La tranche d'âge relative à la gratuité
des mammotests.
Le cancer du sein est le plus
fréquent chez les femmes et demeure la première cause de décès par cancer chez
celles-ci. Pour autant, découvert à temps, ce cancer est également le mieux
soigné. Effectivement, la maladie est curable à 90% des cas moyennant un
dépistage précoce et des soins de qualité. Sa prise en charge précoce est donc
possible, grâce à la mammographie de dépistage. Selon l'OMS, ce dépistage ainsi
pratiqué réduirait de 35% la mortalité liée au cancer du sein chez les femmes
âgées de 50 à 69 ans et de 20% chez les femmes âgées de 40 à 49 ans. C'est pour
permettre de le découvrir et donc de le traiter à temps qu'un programme de
dépistage a été mis en place au niveau national. Il offre l'opportunité à
toutes les femmes âgées de 50 à 69 ans d'effectuer gratuitement et
régulièrement, une fois tous les deux ans, un dépistage gratuit par mammotest. Ce système s'inspire du programme communautaire
"L'Europe contre le cancer" qui prévoyait un tel dépistage pour les
femmes appartenant à la tranche d'âge susmentionnée. Néanmoins, il est
important de préciser que près de 30% des cancers du sein se manifestent avant
50 ans et que la majorité de ceux-ci survient entre 40 et 50 ans. Aussi, si le
choix de la tranche d'âge concernant ce "screening" de masse a été
justifié par des considérations épidémiologiques et d'efficience, c'est-à-dire
le meilleur rapport efficacité/coût, force est de constater que, dans l'idéal,
une extension de cette tranche d'âge serait souhaitée.
1. Pourriez-vous me rappeler
les éléments scientifiques sur lesquels est basée la détermination de cette
tranche d'âge ?
2. Qu'en est-il chez nos
voisins européens ?
3. Quels sont les âges retenus
par ces pays en matière de dépistage régulier via mammographie ?
4. Est-il possible d'évaluer le
coût financier qu'aurait l'extension de la tranche d'âge actuelle et ce, par
année gagnée?
Date publication 16/03/2009
Réponse 1. Le Centre fédéral
d'expertise des soins de santé (KCE) a étudié la problématique du dépistage du
cancer du sein dans son rapport 11B du 2 mai 2005. Dans notre pays, deux types
de dépistage coexistent : le dépistage systématique (mammotest)
et le dépistage opportuniste. Le terme "dépistage systématique"
utilisé dans ce document correspond à un programme qui répond à des critères
précis définis en 2001 par la Commission européenne, à savoir :
- l'organisation d'un programme
de dépistage à l'échelon régional ou national ;
- la définition d'une
population-cible et d'intervalles de screening ;
- la définition de critères de
qualité pour le programme ;
- la nécessité d'une structure
responsable de l'implantation, de la qualité et de l'évaluation du programme.
Le dépistage opportuniste
intervient soit sur proposition du médecin à sa patiente, soit sur demande de
celle-ci à son médecin, souvent à l'occasion d'une consultation pour un autre
motif. Le dépistage opportuniste ne présente pas toujours les mêmes garanties.
En outre, il conduit à une couverture moins efficiente et moins équitable de la
population. La population-cible est insuffisamment couverte. Par ailleurs, on
observe une surconsommation de la part d'une autre partie de la population. Les
patientes qui ont des facteurs de risque, celles qui détectent une anomalie ou
celles chez qui une anomalie est détectée par un médecin n'entrent pas en
considération dans ce que nous appelons le dépistage car il faut parler dans
ces situations de diagnostic médical. Les éléments scientifiques sur lesquels
est basé le dépistage des femmes entre 50 et 69 ans sont les suivants :
- le traitement de la tumeur à
un stade précoce qui entraînera un traitement moins lourd tout en améliorant le
pronostic ;
- les femmes dont l'examen est
négatif seront rassurées. La première assertion est pondérée par le nombre
élevé de femmes qui doivent participer à un programme de dépistage pour
observer un effet sur la mortalité. Un millier de femmes entre 39 et 74 ans
doivent suivre un programme bisannuel (un examen tous les deux ans) pour éviter
un décès par cancer du sein dans un intervalle de 13 à 20 ans (NNS,Number Needed to Screen = 1008 avec un intervalle de crédibilité à 95% de
531 à 2128). Le second argument, l'apaisement des femmes pour qui le résultat
est négatif, peut être un argument dangereux pour les patientes chez qui la
lésion apparaît entre deux examens (cancer d'intervalle). Ces arguments doivent
jouer en faveur du dépistage mais il y a également des effets négatifs liés au
dépistage systématique du cancer du sein qui doivent être mis en balance :
- les faux positifs entraînent
des investigations complémentaires (inutiles et coûteuses) et une anxiété
importante ;
- les faux négatifs ont pour
conséquence un apaisement non justifié ;
- d'autres effets
préjudiciables incluent les traitements non nécessaires et les risques
d'irradiation liés à la mammographie. L'organisation de programmes de dépistage
systématique pour le cancer du sein est motivée par des traitements moins
agressifs et une amélioration du pronostic. Il s'agit d'une compétence des
communautés. Il est nécessaire d'interpréter avec prudence les études qui
évaluent l'efficacité des programmes de dépistage du cancer du sein. En effet,
une diminution de la mortalité spécifique peut s'expliquer par d'autres
facteurs que le dépistage. En outre, la survie des patientes est toujours
augmentée après un dépistage car le diagnostic est posé plus précocement. Même
si la patiente décède au même moment que si elle n'avait pas été dépistée, sa survie
paraîtra allongée par rapport au moment du diagnostic. Aucune étude de bonne
qualité n'a pu démontrer un bénéfice significatif du dépistage dans la
population des femmes entre 40 et 49 ans. Les effets négatifs dans ce groupe
d'âge sont plus grands que les effets négatifs observés pour les femmes plus
âgées. Aucun essai clinique ne permet actuellement de montrer l'efficacité d'un
dépistage systématique au-delà de 69 ans. Les publications scientifiques sont
unanimes pour conclure que l'âge chronologique seul ne peut déterminer la
cessation du dépistage. L'espérance de vie plus réduite et l'augmentation des co-morbidités associées jouent un rôle important dans la
prise de décision puisque les effets bénéfiques du dépistage se manifestent
après une dizaine d'années. Vu l'espérance de vie dans nos populations, un âge
limite de 74 ans est fréquemment proposé par les recommandations pour la
pratique comme limite supérieure acceptable pour une femme ne présentant pas de
co-morbidité importante. L'extension du programme à
d'autres tranches d'âge pose question. Un programme de dépistage ne peut être
organisé qu'en présence d'effets positifs supérieurs aux torts causés à une
population a priori en bonne santé. Chez les femmes entre 40 et 49 ans,
l'efficacité du dépistage sur la mortalité spécifique n'a pas été démontrée
tandis que les effets négatifs sont clairement identifiés. Entre 70 et 74 ans,
la mammographie est efficace, mais la décision de dépister dépendra de
l'espérance de vie et de la co-morbidité de la personne
concernée.
Aux Pays-Bas, le dépistage par
mammographie est gratuit pour les femmes à partir de l'âge de 50 ans et jusqu'à
l'âge de 75 ans. En France, un programme de dépistage organisé du cancer du
sein propose également à toutes les femmes entre 50 et 74 ans une mammographie
de dépistage gratuite tous les deux ans dans des cabinets de radiologie ayant
signé une convention spécifique avec l'assurance maladie obligatoire. En
Allemagne, comme en Belgique, le dépistage par mammographie est gratuit une
fois tous les deux ans pour chaque femme de 50 à 69 ans inclus. Lorsque nous
planifions une politique en matière de santé en y consacrant un budget
restreint, nous nous efforçons d'atteindre un gain de santé maximal pour une
population la plus large possible.
Le coût en matière d'économie
de la santé de l'extension du groupe cible aux femmes dès l'âge de 40 ans ne
peut être calculé à défaut de données précises sur le sujet. Le gain de santé
lors du dépistage de femmes âgées de 40 à 50 ans est nettement moindre que chez
les femmes à partir de 50 ans, le cancer du sein étant moins répandu parmi ce
groupe. Du reste les dommages indirects qu'occasionnent ces examens chez les
femmes de ce groupe sont sans doute plus importants que les avantages globaux (cf.
point 1 ci-dessus).