Commission
de la Justice du 11 juin 2008
Question orale du Député fédéral
André FREDERIC au Ministre de la Justice Jo Vandeurzen
concernant les émeutes survenues à la prison de Verviers.
André FREDERIC : Le vendredi 30 mai dernier, la prison de
Verviers a été le théâtre d’une véritable émeute. Suite à une sanction
disciplinaire infligée par le directeur à un
détenu, 26 autres prisonniers ont
entièrement saccagé le deuxième niveau de l'aile B de la prison. Les gardiens,
trop peu nombreux pour intervenir, ont
appelé la police de la zone Vesdre en renfort puis un escadron de la police
fédérale. Le temps que ces derniers arrivent – soit quatre heures après le
début des échauffourées –, les émeutiers ont tout saccagé : néons, tables et
chaises cassés, radiateurs arrachés et sanitaires détruits. Selon les premières
estimations, les dégâts pourraient s’élever à 25.000 euros.
Mis d'abord au cachot, les émeutiers ont pu regagner
leur cellule samedi à l'exception des cinq meneurs qui sont restés au cachot.
Dans un premier temps, les gardiens ont assuré un service minimum dans la prison (visites
et distribution des repas). Ils ont déjà annoncé qu’ils souhaitaient déposer un
préavis de grève s’ils n’obtenaient pas satisfaction sur plusieurs
revendications.
En effet, depuis plusieurs mois, les gardiens réclament
la remise en état du système d'alarme, de passer de 256 détenus à 200 et le
transfert des détenus dangereux vers d'autres prisons pendant les travaux de
réfection du mur d'enceinte. Suite à cette
émeute, il demandent aussi l'éclatement des émeutiers vers d'autres
sites carcéraux et la fermeture du 2ème étage de l’aile B pendant
les travaux de remise en état.
Avez-vous
reçu un rapport de l’administration centrale sur ces émeutes ? Si oui,
quelle en sont les conclusions ?
Quelles
réponses comptez-vous apporter aux revendications des gardiens ?
L’urgence s’impose afin de placer le personnel dans
les meilleures conditions de travail, d’assurer aux détenus une incarcération
décente mais aussi surtout de garantir la sécurité de la population.
Réponse de Melchior
Wathelet, secrétaire
d'État, au nom du Ministre de la Justice : Madame la présidente, je peux
faire le point de la situation. Ce vendredi 30 mai 2008 vers 20.00 heures, la
direction locale de la prison de Verviers a reçu un appel téléphonique du chef
surveillant signalant qu’une non-réintégration des cellules au terme des
activités du soir se préparait dans la section 2B.
Le motif
invoqué était qu’un détenu influent de la section n’acceptait pas la sanction
disciplinaire prononcée dans l’après-midi par le directeur.
Il s'agissait d'une mutation de l'intéressé dans une autre
section, plus fermée, pour une durée de quinze jours, tout en conservant le
régime normal de cette section, c'est-à-dire visites, accès au téléphone et
préau, et ce pour avoir refusé d'obtempérer aux injonctions du chef de quartier
et pour lui avoir également manqué de respect.
À 20.45
heures, le directeur de service s'est rendu sur la section 2B avec le chef
surveillant afin de convaincre les détenus de regagner leurs cellules. Le
détenu en question était effectivement très énervé et ne voulait pas dialoguer.
Il exigeait son transfert sur-le-champ. N'obtenant pas ce qu'il exigeait, il a
alors clamé haut et fort qu'il ne rentrerait pas en cellule et qu'il allait
tout casser. Le directeur a encore demandé aux autres détenus de rentrer dans
leur cellule, étant donné que le problème de l'autre détenu ne les concernait
pas. En vain.
Plusieurs
détenus se sont mis à casser les tubes néons de la section et à détruire le
bureau de l'agent. Face à cette situation, les services de police ont été
contactés vers 21.15 heures. Les policiers de Verviers sont arrivés rapidement
mais devant l'ampleur de la situation, section entièrement plongée dans le noir
et présence hors de cellules de vingt-six détenus sur quarante, ils ont décidé
de faire appel à leurs collègues des brigades spéciales d'intervention.
Les agents
pénitentiaires ont quitté le centre 2 après l'avoir sécurisé (reprise des
commandes électriques par le centre principal) et ont été placés aux différents
postes d'observation. Les policiers ont été chargés de sécuriser le périmètre
et se sont déployés hors de l'établissement pour effectuer des rondes en permanence.
Les forces
spéciales de Bruxelles et Louvain sont arrivées plus tard dans la nuit et ont
finalement donné l'assaut à 1.20 heures. Les vingt-six détenus ont alors
rapidement été neutralisés et emmenés vers les cachots (il y en a six à la
prison de Verviers) où ils ont passé le reste de la nuit.
Le lendemain
matin, le samedi 31 mai 2008, vingt détenus ont été remis dans leur cellule et
les six considérés comme les meneurs sont restés au cachot. Les vingt détenus
ayant été remis en cellule ont été auditionnés le dimanche 1er juin
dans le cadre de l'audition disciplinaire. Les six meneurs ont été auditionnés
le lundi et transférés ensuite vers d'autres prisons.
La prison de
Verviers comptait, le lundi 9 juin 2008, 246 détenus pour 186 places. Elle
connaît donc une surpopulation non négligeable. Compte tenu de la surpopulation
générale en Belgique, chaque établissement doit fournir des efforts dans ce
contexte. Il n'est pas possible de réduire le nombre de détenus à 186
actuellement à Verviers, sous peine d'aggraver la situation dans les autres
établissements, qui connaissent des problèmes de surpopulation similaires.
Les meneurs
de l'émeute ont été éloignés de la prison de Verviers et nous examinerons dans
quelle mesure d'autres détenus peuvent être également transférés afin de
pouvoir rendre la situation plus acceptable à Verviers.
En ce qui
concerne la relation avec les agents pénitentiaires, nous avons reçu un préavis
de grève le 31 mai 2008.
Les motifs étaient les suivants: fermeture de l'aile 2B,
diminution de la population totale de l'établissement, transfert des émeutiers
dans les 48 heures, transfert des détenus dangereux et évadeurs
pendant la durée des travaux du mur d'enceinte; rétablir toutes les alarmes,
notamment sur tous les niveaux: préaux et salles de visite.
Un comité de
concertation de base a eu lieu le mercredi 4 juin, conformément au protocole en
vigueur, et une assemblée générale s'est tenue le vendredi 6 juin. La direction
et les syndicats ont trouvé un accord sur les différents points. Il n'y aura
pas de contacts entre les détenus et les entrepreneurs durant la réfection. Les
meneurs de l'émeute ont été éloignés de la prison et les travaux de sécurité
seront traités en priorité.
Les dégâts
sont essentiellement localisés dans le couloir de la section et à la salle
polyvalente. Les cellules n'ont, elles, pas été endommagées. Seules les
dégradations au barreaudage et à la maçonnerie du
fond de l'aile où ont eu lieu les incidents auraient pu constituer un réel
risque pour la sécurité, mais ces dégradations ont immédiatement été prises en
charge par la Régie des Bâtiments. D'autres dégradations ont également fait
immédiatement l'objet d'une demande de réparations, lesquelles devraient
intervenir dans les plus brefs délais.
Les
incidents n'ont pas de liens avérés avec le climat au sein de la prison ou avec
la sécurité de l'établissement. Il s'agit d'incidents provoqués par un détenu
qui n'était pas d'accord avec une décision du directeur et qui a usé de son
influence auprès des autres détenus pour les inciter à commettre les
dégradations. Outre des sanctions disciplinaires, les six meneurs ont été
transférés comme cela a été demandé par les agents pénitentiaires. Les autres détenus
qui ont participé aux incidents ont également fait l'objet de sanctions
disciplinaires.
La réfection
du mur d'enceinte répond à un besoin et vise à l'amélioration de la sécurité au
sein de l'établissement. Toutes les mesures ont été prises afin de garantir la
sécurité pendant les travaux. Les transferts préventifs n'ont pas de raison
d'être, même s'il est évident que des mesures supplémentaires seront prises en
cas de besoin. La réparation des alarmes défectueuses sera entamée le plus
rapidement possible. Un dossier courant faible pour toutes les prisons a été
présenté à la Régie des Bâtiments afin d'exécuter les travaux prioritaires.
André Frédéric (PS): Madame la présidente,
monsieur le secrétaire d'État, je vous remercie pour votre réponse, le détail
des faits palpitants que nous avons suivis. Les réponses concrètes aux
revendications, je pense que le ministre en a apporté un certain nombre.
La seule
question est de se dire ne pas vouloir aller au-delà: il existe un accord avec
les organisations syndicales sur place. Je suppose donc qu'il y a satisfaction
de leur part et je ne contesterai pas. Mais, comme Mme Van Cauter vient de le dire, dans les meilleurs délais est une
formule usée dans le monde que nous côtoyons: elle ne correspond pas à grand-chose.
Puisqu'il y
a un engagement concret d'apporter des modifications fondamentales sur un mur
d'enceinte dans une prison, sans formation d'architecte, on peut penser qu'il
s'agit d'un élément justifié et dont l'urgence mérite une intervention rapide.
Je serai donc extrêmement attentif à ce qui se passera concrètement à quelques
kilomètres de chez moi, dans les semaines qui viennent. Vous pouvez le dire au
ministre. Il s'agira de voir si ces "meilleurs délais" se
concrétisent.
Au-delà, il
est important de se rendre compte que, pour des gens qui effectuent un travail
à haute pénibilité, vivant des situations dramatiques, qui doivent encadrer en
principe 186 détenus en juin 2008, comme vous nous le dites, ou 242, qui vivent
quotidiennement dans cette bouilloire qui bouillonne, à Verviers comme
ailleurs, il est inévitable d'en arriver à de telles explosions. Ces gens se
retrouvent alors confrontés en plus à des situations qui les dépassent, d'une
violence inouïe. Il a été fait appel aux escadrons spéciaux, mais qui sont
arrivés quatre heures plus tard. Un gardien sur place, qui doit attendre aussi
longtemps du personnel plus compétent pour les circonstances, assume
difficilement cette attente.
Cet aspect
humain, autant que l'aspect matériel soulevé, doit attirer l'attention du
ministre de la Justice. La situation, non spécifique à Verviers, est l'occasion
de l'évoquer: nous assistons à ces drames qu'il nous faut déplorer.