Commission de la Justice ( mardi 13 mai 2008)

 

Question de M. André Frédéric au vice-premier ministre et ministre de l'Intérieur sur "le traitement provincial de la loi sur les armes" (n° 5028)

 

André Frédéric (PS): Madame la présidente, monsieur le ministre, ma question concerne la loi du 8 juin 2006, dite loi sur les armes, dont on a beaucoup parlé. En début de législature, presque à l'unanimité, le Parlement a reporté le délai de déclaration de détention d'arme au 31 octobre 2008. Entre temps, il y a eu un arrêt de la Cour constitutionnelle qui nous oblige, dans les plus brefs délais, à mettre la loi en conformité en ce qui concerne la détention passive d'armes. Nous savons tous que nous sommes dans une phase de transition qui devrait durer le moins longtemps possible.

 

Ces derniers jours, mon attention a été attirée par une circulaire du gouverneur de la province de Liège, qui fait manifestement preuve de beaucoup de zèle en la matière. Il invite les zones de police à déposer les armes à feu abandonnées pour destruction au banc d'épreuve de Liège pour le 14 novembre 2008. Ce courrier est étonnamment prématuré alors qu'on sait que les discussions sont engagées pour revoir cette loi sur les armes.

 

Monsieur le ministre, êtes-vous au courant de cette circulaire? D'autres provinces ont-elles adopté la même attitude? Quelles sont les raisons qui président à cette décision?

 

Par ailleurs, comme j'ai constaté que les services provinciaux ont des difficultés dans le délai de traitement des demandes d'autorisation, ne conviendrait-il pas que cette décision relève de la responsabilité des chefs de corps des polices locales ?

 

Jo Vandeurzen, ministre: Cher collègue, la prolongation de la période transitoire permet aux détenteurs d'armes qui ne s'étaient pas encore mis en règle au 30 juin 2007 de se conformer à la loi. Selon leur situation personnelle, ils ont plusieurs options: demander le renouvellement d'une autorisation existante, déclarer des armes pour obtenir une autorisation, les faire neutraliser, les céder, les donner en dépôt en attendant la modification de la loi ou les abandonner.

 

Ceux qui ont signé un document attestant de l'abandon volontaire d'une arme ne peuvent pas la récupérer. Ces armes sont destinées à être détruites.

 

Il est normal que les services de police, qui reçoivent d'ailleurs toujours des armes, disposent d'instructions concernant le sort de ces armes. Tous les gouverneurs vont devoir donner des instructions pour organiser l'évacuation des armes des commissariats après le 31 octobre. Vu que le gouverneur de Liège a l'avantage de la proximité du banc d'épreuve comme point de rassemblement et d'Arcelor pour la destruction, il a pu régler rapidement la question pour sa province.

 

Sous le régime de l’ancienne loi de 1993, les commissaires de la police locale avaient cette compétence, ce qui menait à beaucoup d’inégalités et de plaintes justifiées. La police était ainsi juge et partie. Il était impossible d’aboutir à une politique uniforme pour tous les citoyens. Dans plusieurs zones, cette tâche n’était pas considérée comme importante et était parfois confiée à une personne sans formation spécifique ou à un amateur d’armes, actif dans le club de tir local, qui oubliait sa déontologie professionnelle. C’est précisément pour mettre fin à ces problèmes que la nouvelle loi a centralisé les compétences chez les gouverneurs, qui disposent d’un personnel formé et juridiquement neutre. La police locale a gardé un rôle d’avis. Par ailleurs, le retard dans le traitement des dossiers est seulement dû au manque de mesures d’accompagnement lors de la mise en vigueur précipitée de la loi de 2006. Les détenteurs d’armes qui ont fait le nécessaire ne subissent aucune conséquence de ce retard et les nouvelles demandes sont traitées en priorité.

 

André Frédéric (PS): Monsieur le ministre, à partir du moment où on sait que la Cour constitutionnelle nous oblige à nous mettre en conformité en matière de détention passive d’armes, je continue de penser qu’il y a un excès de zèle, surtout dans un tel délai. Je profite de votre réponse pour attirer votre attention sur l’impérieuse nécessité d’apporter des modifications à cette loi dans le délai qui nous est prescrit, c'est-à-dire pour l’instant au plus tard au 31 octobre 2008. Sachant que nous sommes en mai et qu’il y a d’autres sujets brûlants sur la table, mais que nous devrions travailler jusqu’au 9 août, je pense que cette modification en commission de la justice devrait intervenir avant cette date (puisqu’ensuite ce sera la rentrée parlementaire, les budgets en octobre et nous serons au terme). De mi-mai à mi-juillet, ça nous laisse peu de temps pour apporter les modifications que la Cour constitutionnelle nous impose en matière de détention passive, et d’autres modifications déposées via des propositions de loi.

 

Je voulais profiter de l’occasion pour vous rappeler ce sujet, afin qu’il ne s’endorme pas et qu’on ne soit encore amenés à n’apporter, comme seule réponse aux interpellations, qu’une prolongation de délai. Je sais que certains collègues trouveraient ça intéressant parce que ça nous permettrait, comme pour beaucoup de sujets d’actualité, d’aller au-delà d’un certain mois de juin 2009. Je pense donc que tout ça n’est pas innocent. Il nous reste par conséquent un temps limité pour apporter les réponses que les gens attendent.

 

Jo Vandeurzen, ministre: Je suis tout à fait d’accord, il faut un statut pour la détention passive, mais la réalité politique est telle que dans cette commission il y a des propositions de changement de cette loi et c’est dans la majorité de cette commission qu’il faut trouver la solution pour régler le problème. Bien sûr la détention passive est d’une autre sorte que la détention active.

 

Il y a une différence entre les deux! L’arrêt de la Cour constitutionnelle nous oblige à créer cette possibilité de détention. J’en conviens. Néanmoins, en ce qui concerne l’arme et la munition, en réalité, la personne qui détient une arme de façon passive ne se trouve pas dans la même situation que celle qui possède un permis d’arme pour un usage particulier. C’est ce que nous devons résoudre. À mon avis, il ne s’agit pas d’un problème politique ou juridique mais bien d’un problème pratique. Quelles sont les conditions posées pour avoir une détention passive? Évidemment, si l’on refuse de modifier l’arme ou la munition et qu’on souhaite conserver les deux ensemble dans la maison, il ne s’agit pas d’une détention passive. Il n’y a pas de différence. Voilà quel est le problème. Je le connais très bien et j’insiste sur le fait qu’on va le résoudre. Néanmoins, il est vrai que cette proposition ne vient pas du gouvernement.

 

André Frédéric (PS): Monsieur le ministre, les discussions ont eu lieu. Je souhaitais simplement profiter de l’occasion pour vous le rappeler mais je vois que vous maîtrisez cela parfaitement. Je n’en ai d’ailleurs jamais douté. Par contre, vos collaborateurs, qui sont à l’initiative de réunions de majorité, ne se sont plus manifestés depuis deux mois. Je trouve que ce sont deux mois de trop!

 

L'incident est clos