Commission
de la Justice du 22 octobre 2008
Question d’André Frédéric au vice-premier ministre et ministre
de la Justice et des Réformes institutionnelles sur "la restitution des
armes suite à l'adoption de modifications à la loi de 2006 sur les armes"
André Frédéric:
Monsieur le ministre, je
me permets de revenir sur cette loi de 2006 relative aux armes, que nous avions
votée à la quasi-unanimité de cette assemblée, qui a été modifiée juste avant
les vacances parlementaires et qui a appelé un certain nombre de réactions.
J'avais eu l'occasion de
déposer une question écrite à laquelle j'ai reçu une réponse avant hier, je
pense. Il y a donc eu collision avec le dépôt de ma question orale. Je vais
donc modifier quelque peu le texte. Veuillez m'en excuser.
Je vous interrogeais par
écrit sur la problématique de la restitution des armes. Les gens qui,
respectant la loi de 2006, ont déposé leurs armes auront-ils la possibilité de
récupérer celles-ci? Cette question est fondamentale.
Vous m'avez répondu que
les armes qui avaient été mises en dépôt chez un armurier ou à la police
pouvaient être récupérées. Vous répondez donc à une partie de ma question,
confirmant par là même une réponse que vous m'aviez déjà adressée en mars
dernier d'ailleurs. Un problème persiste cependant concernant les gens qui ont
fait ce qu'on appelle une cession volontaire d'armes.
On sait dans quel
contexte et dans quel état d'esprit les gens se sont rendus dans les bureaux de
police. La notion même de cession volontaire a été fortement critiquée; en
fait, les gens ont eu tellement peur, qu'ils ont signé à peu près n'importe
quoi.
Ces personnes qui ont
respecté la loi en effectuant une cession volontaire, qui sont d'honnêtes
citoyens, souhaitent aujourd'hui récupérer leurs armes. Pourtant on leur répond
que seuls ceux qui ont mis en dépôt peuvent le faire.
Je sais que certaines de
ces armes ont été détruites, comme le prévoyait la loi susvisée, mais je sais
aussi qu'il reste un nombre important d'armes "cédées volontairement"
dans les commissariats. Selon moi, le bon sens voudrait, monsieur le ministre,
qu'on donne des directives aux gouverneurs et aux zones de police pour que ces
honnêtes citoyens puissent récupérer leurs biens.
Jo Vandeurzen, ministre:
Le fait d'introduire une
question parlementaire appelle une réponse formelle et je ne pense pas que ce
soit la bonne manière de résoudre des problèmes de terrain, que je ne nie pas,
mais pour lesquels la recherche d'une solution est plus aisée dans un autre
contexte. Tout le monde est convaincu qu'il faut résoudre les problèmes qui se
posent. Je constate qu'il y a beaucoup de questions parlementaires à ce sujet
et, à mon avis, mieux vaut avoir une concertation, tout en sachant que les
dernières adaptations de la loi étaient une initiative parlementaire. Il faut
donc se mettre autour de la table pour voir s'il y a encore des choses à
régler.
Je vous livre maintenant
la réponse du SPF Justice.
Je voudrais d'abord
apporter une précision en ce qui concerne la détention passive reconnue à
l'article 11.1 de la loi sur les armes. Pour se prévaloir de cet article, il ne
suffit pas que les demandeurs qui introduisent une demande de détention sans
munitions agissent dans les deux mois de l'entrée en vigueur de la loi. Il faut
encore que les demandeurs prouvent, par toutes voies de droit, que l'arme
faisait légalement partie de son patrimoine avant le 9 juin 2006. Je ne peux
que confirmer ce que j'ai déjà dit, les armes qui ont été abandonnées doivent
être détruites et les armes qui ont été données en dépôt peuvent être
récupérées par leur propriétaire à condition que celui-ci ait obtenu
l'autorisation nécessaire de la part du gouverneur.
Je vise ainsi les armes
mises en dépôt auprès d'armuriers agréés ou de la police. Dans chaque cas, la
police a dû établir un document pour acter la décision de l'intéressé: abandon
volontaire ou dépôt. Les personnes qui prétendent avoir fait abandon de leurs
armes sous la pression ne peuvent faire valoir aucun droit car elles ont signé
une déclaration d'abandon qui leur fait perdre la propriété des armes. Elles
sont censées être responsables de leurs actes.
Je comprends que
certaines personnes regrettent vivement d'avoir abandonné leurs armes mais il
ne faut pas oublier que la détention passive d'armes dans le cadre de la
conservation du patrimoine n'est devenue possible qu'à partir de décembre 2007, suite à l'arrêt
de la Cour constitutionnelle.
Avant ce moment, il
fallait respecter et appliquer la loi telle qu'elle était libellée.
L'application de
l'article 44 de la loi sur les armes qui organise la période transitoire me
semble claire et ne pose pas de problème. La demande d'autorisation provisoire,
la demande de détention sans munitions doivent être introduites dans les deux
mois de l'entrée en vigueur de l'article, à savoir au plus tard le 1er novembre 2008.
Depuis la décision de la
Cour constitutionnelle du 19 décembre 2007, les gouverneurs reçoivent des
demandes de détention passive. La façon dont ces dossiers doivent être traités
est réglée lors de réunions mensuelles entre les services des gouverneurs et le
service fédéral des armes qui assure l'uniformité de l'application de la loi.
En fait, il ne me paraît pas nécessaire d'adresser une circulaire aux
gouverneurs à ce sujet: les services des gouverneurs savent bien comment il
faut appliquer la loi.
En réponse sur la
possibilité d'introduire un recours auprès du ministre de la Justice en cas de
délais de décision non respectés par les gouverneurs, je peux vous communiquer
ce qui suit. Avant de répondre aux questions concrètes, il faut apporter
quelques précisions sur le thème du fonctionnement des services provinciaux des
armes. Presque tous ces services souffrent d'un manque de personnel et de
retards explicables. Ce n'est qu'après le vote de la nouvelle loi sur les armes
et son entrée en vigueur immédiate qu'il a été possible d'engager du personnel
supplémentaire. Ce personnel a dû être formé et entre-temps, un grand nombre de
demandes avaient déjà été introduites.
Les services provinciaux
ont donc entamé leur travail avec un retard structurel. En outre, la plupart
d'entre eux ne disposent toujours pas du personnel nécessaire à un suivi
efficace des dossiers. Le service fédéral des armes a donné des instructions
portant sur la priorité à donner aux dossiers comportant de nouvelles demandes.
Les demandes de renouvellement d'autorisations existantes ne sont pas urgentes
vu que dans ces cas, la demande vaut autorisation provisoire.
Un autre problème
d'ordre général est que les gouverneurs ne peuvent pas prendre de décisions
sans avoir reçu l'avis de la police locale. Malheureusement, dans beaucoup de
cas, la police locale n'arrive pas à rendre son avis dans le délai imparti. Si
tel est le cas, un recours auprès de mon service n'apportera aucun gain de
temps vu que celui-ci doit également obtenir l'avis de la police locale.
L'introduction d'un recours, dans ce cas, fait perdre à l'intéressé la
possibilité d'un recours contre la décision sur le fond de sa demande. Ce n'est
donc pas toujours une bonne idée d'introduire un recours contre une absence de
décision et mon service informe l'intéressé qu'il a intérêt à patienter.
Cela dit, le problème
des retards ne se pose pas partout dans la même mesure; en Hainaut, par
exemple, il est plus grave qu'ailleurs.
Cela s'explique
partiellement par le très grand nombre de détenteurs d'armes dans cette province,
surtout par rapport au personnel que le gouvernement a reçu pour traiter les
dossiers. Le service concerné explique les retards dans ce traitement par la
lenteur avec laquelle les avis de la police locale sont reçus. C'était le cas
dans quelques dossiers de recours que le service fédéral des armes a reçus; dès
lors, ces recours n'avaient aucune utilité pratique.
En ce qui concerne vos
questions spécifiques, le prolongement du délai de traitement doit être signalé
à l'intéressé par une lettre motivée; telle n'est malheureusement pas la
pratique dans toutes les provinces. Il est envisageable de faire mention de la
possibilité de recours contre l'absence de décision dans un délai légal, mais
pour les raisons invoquées ci-dessus, je ne suis pas convaincu de l'opportunité
d'une telle démarche. Dans la majorité des cas, nous risquons simplement de
déplacer le problème.
Les services du
gouvernement ont tous été informés des modifications légales et ont tous pu
poser des questions pratiques à ce sujet, ce qui a été fait d'ailleurs dans une
très large mesure. Ils ont tous, comme d'habitude, reçu des rapports de réunion
de concertation avec le service fédéral des armes. Ces rapports ont, dans la
pratique, la même valeur qu'une circulaire. En principe, les services
provinciaux disposent tous des mêmes instructions et appliquent la loi d'une
manière uniforme. Si des pratiques divergentes sont quand même signalées au
service fédéral des armes, ils abordent le sujet aux réunions de concertation.
Une circulaire formelle n'est donc pas nécessaire pour les gouverneurs en
attendant la refonte complète de la circulaire coordonnée de 1995, lorsque tous
les arrêtés d'exécution seront sortis.
Pour les services de
police, il semble exister un problème dans certaines provinces où les
gouverneurs n'organisent pas ou pas assez souvent des réunions d'information
pour leurs zones de police. Le service fédéral des armes a pourtant déjà
insisté sur la nécessité de cette répercussion des informations.
André Frédéric (PS): Monsieur le
ministre, je voudrais d'abord vous remercier pour votre ouverture. Nous avons
pris le temps d'apporter les modifications en question, en très bonne
collaboration avec votre cabinet. Je n'ai nullement l'intention de critiquer.
A titre personnel, je
continue à penser qu'il reste un problème de bon sens. Si quelqu'un, "sous
la contrainte", a cédé volontairement une arme et que celle-ci n'a pas été
détruite, pourquoi ne peut-on pas la lui rendre? Cela ne concerne évidemment
pas la majorité des armes, qui ont été détruites.
Il serait utile de
rédiger une circulaire explicite. Car dans ma région, des communiqués qui
contiennent des consignes différentes sont publiés par les zones de police dans
les journaux gratuits. Vous n'imaginez pas le cirque qui est fait à ce sujet!
Je me mets à votre entière disposition pour continuer à collaborer et faire
avancer les choses.