Commission de la Justice du 28 octobre 2009
Question orale au ministre de la Justice sur "l'arrêté royal modifiant l'arrêté
royal du 24 avril 1997 déterminant les conditions de sécurité lors du
stockage, de la détention et de la collection d'armes à feu ou de munitions et
son implication pour les chasseurs"
André Frédéric: Madame la présidente, monsieur le ministre, je
serai très bref puisque le sujet est connu même si des questions sur la mise en
œuvre de cet arrêté royal restent en suspens. Cet arrêté royal complétait la
législation telle que nous l'avions modifiée à la satisfaction quasi générale.
Les interventions de certains collègues
paraissent peut-être banales mais elles sont très pratiques et importantes pour
les secteurs concernés. C'est la raison pour laquelle nous tentons de relayer
ces questions.
Votre arrêté précise donc le dispositif en
place. Je suis chasseur; j'ai une arme; je neutralise la gâchette; je l'enferme
dans un sac; je neutralise le sac que je mets dans le coffre; je neutralise le
coffre et je surveille ma voiture!
Stefaan De Clerck, ministre: Alors, vous respectez la loi!
André Frédéric (PS): En résumé, je respecte la loi; je n'en
disconviens pas mais cette situation pose un certain nombre de problèmes
pratiques.
Premièrement, je pense que l'arrêté ne respecte
pas la loi. En effet, dans cette loi, il n'est dit nulle part que les
conditions doivent être cumulées. Il s'agit de l'une ou l'autre condition mais
il n'est pas précisé qu'on doit respecter l'ensemble des conditions ce qui,
d'un point de vue pratique, serait davantage normal, me semble-t-il.
Monsieur le ministre, envisagez-vous de modifier
cet arrêté?
Deuxièmement, il a été fait allusion à un autre problème.
Les chasseurs – je ne parle même pas de l'aspect festif post-chasse…
Stefaan De Clerck, ministre: Vous n'y participez pas?
André Frédéric (PS): Jamais! Je ne chasse pas non plus
d'ailleurs et j'ai même été objecteur de conscience! Cela n'empêche pas qu'on s'intéresse aux
problèmes des gens.
Prenons le cas de personnes qui partent en
week-end et qui, à cette occasion, pratiquent la chasse. On imagine mal, à
l'issue de la partie de chasse, qu'elles doivent parcourir 150 kilomètres
pour remettre leur arme chez elles et ensuite retourner sur leur lieu de
résidence.
Quant au troisième élément, Mme Van Cauter vient d'en parler. Il s'agit de la définition exacte
des zones de chasse et la notion même de port et de transport. Entre deux zones
de chasse, sur un chemin public, suis-je dans la phase transport et dois-je
donc respecter la législation telle que vous l'avez arrêtée ou est-on
simplement toujours en situation de port d'arme?
02.18 Minister Stefaan De Clerck:
Je n'ai pas suivi tout le débat. Bien sûr, il y
a l'arrêté royal du 14 avril 2009 qui fait l'objet maintenant de la
discussion. Mais il a été soumis à l'avis de toutes les associations et
personnes concernées; ce n'est donc pas une mesure unilatérale.
Il a été déposé pour avis auprès du Conseil consultatif des armes et les
représentants du club Saint-hubert ont pris connaissance du courrier.
L'arrêté royal impose, pour la première fois, des mesures de sécurité à tous
les détenteurs d'armes particuliers et non plus seulement aux chasseurs. Il traite
de la conservation comme du transport
d'armes à feu et est d'application depuis un certain temps déjà. Il ne s'agit
pas seulement de faire en sorte que les armes soient inutilisables sur-le-champ
mais encore d'en rendre le vol difficile et
inutile. Les armes des chasseurs doivent être conservées déchargées, hors la
vue et hors de portée de main, dans un contenant adapté, munies d'un cadenas de
pontet et enfermées dans le coffre fermé du véhicule. Le véhicule ne peut en
outre pas être abandonné sans surveillance si l'arme se trouve dans le coffre.
Sur le terrain de chasse, le coffre du véhicule ne doit plus être fermé. Les chasseurs
sont alors autorisés à préparer leur arme. Tant qu'ils ne roulent pas, ils ne
doivent pas prendre de mesures, si ce n'est surveiller le véhicule s'il
contient des armes. Les dispositions de l'arrêté royal modifié du 24 avril 1997
qui dispose que les armes doivent se trouver dans le coffre fermé lorsqu'elles
sont transportées dans le véhicule doivent être considérées comme une
modalité de l'article 21 de la loi sur les armes. Les problèmes pratiques étant
nombreux, une circulaire sera édictée d'ici à la fin de l'année en remplacement
du texte de 1995.
En ce qui
concerne les questions relatives au registre central des armes et les données
chiffrées, je renvoie à la question écrite n° 750 du 9 juillet 2009.
L'organisation de ce registre central des
armes relève de la compétence du ministre de l'Intérieur.
En ce qui concerne la deuxième
question posée par M. Frédéric et les autres intervenants, je peux vous
rassurer: l'obligation que les conseillers juridiques des associations de
chasseurs semblent avoir trouvé dans l'arrêté royal n'existe pas.
Rien n'empêche les chasseurs d'aller se
restaurer après une partie de chasse avant de rentrer chez eux – en
d'autres termes, je vous donne
l'autorisation! – moyennant plusieurs conditions. Tout d'abord, en se
déplaçant du terrain de chasse au restaurant, ils doivent se conformer à
l'article 15 de l'arrêté royal qui concerne le transport d'armes. Ensuite,
une fois sur place, ils ont le choix soit de décharger leurs armes pour les
garder auprès d'eux dans un endroit sécurisé du restaurant (par exemple une
pièce fermée à clé), soit de les laisser dans leur véhicule en se conformant à
l'article 15, ce qui signifie que les véhicules ne peuvent pas être
laissés sans surveillance. Cette surveillance ne veut pas dire qu'une personne
doit se trouver physiquement à côté du véhicule. Selon mon interprétation, il
suffit que les véhicules puissent être observés, par exemple à travers une fenêtre
ou avec une caméra. Même la présence de chiens de chasse, qui peuvent alarmer
le propriétaire, peut s'avérer suffisante. Vous constaterez que
l'interprétation de l'arrêté royal est très large!
En ce qui concerne la question relative au
processus d'enregistrement des armes longues par les chasseurs, sans en
connaître le nombre, je vous confirme que pas mal de détenteurs d'armes n'ont
pas effectué la démarche nécessaire de déclaration de détention d'armes auprès
de la police locale pendant la période transitoire qui a suivi l'entrée en
vigueur de la loi.
Légalement, il n'est pas possible de régulariser
la situation des personnes intéressées, même en faisant une distinction entre
ceux qui avaient des armes enregistrées sous l'ancienne législation et ceux
dont les armes n'étaient pas encore connues. Le texte
de l'article 44 § 2 de la loi est clair: le délai pour faire le
nécessaire est expiré depuis le 31 octobre 2008.
Une circulaire ou des instructions
ministérielles ne peuvent déroger à la loi. La seule solution consisterait
alors en une modification de cet article.
La circulaire du Collège des procureurs généraux
du 18 juin dernier prévoit que, si les intéressés font abandon de leurs armes,
ils ne seront pas poursuivis pour détention illégale d'armes. S'ils ont un
permis de chasse, ils ne devront pas payer de transaction. Si vous voulez
insister en la matière, il faudra aller
jusqu'au changement de loi pour cette forme de régularisation.
J'espère que les chasseurs présents parmi nous
seront satisfaits de cette réponse.