Commission de l’Intérieur
du 20 octobre 2010
Question de M. André
Frédéric à la ministre de l'Intérieur sur "la généralisation de
l'utilisation du Taser par la police" (n° 369)
André Frédéric (PS): Monsieur le président, madame la ministre,
ma préoccupation est semblable à celle exprimée par M. Tuybens.
Vous avez abordé le sujet la semaine dernière en commission. En réponse à une
question, vous avez dit étudier la possibilité d’étendre l’utilisation de Tasers, sachant qu’actuellement, seule l’unité spéciale d’intervention
de la police fédérale et quelques
agents de l’équipe d’assistance
d’Anvers les utilisent.
Madame la ministre,
dernièrement, vous avez déclaré ceci: "Après les violences policières qui
ont entraîné la mort de Raphaël Verhoeven à Putte, je
me demande dans quelle mesure la police ne devrait pas avoir plus
d'opportunités d'utiliser le Taser. Les chances de
survie sont plus importantes lors de l'usage de celui-ci". Nous
connaissons le contexte dans lequel vous avez formulé ces déclarations. Nous
venons de faire allusion aux chiffres. Toutefois, plusieurs rapports d'Amnesty
International dénoncent l'utilisation de cette arme par les forces de l'ordre,
notamment aux États-Unis où, depuis 2001, plus de 330 personnes seraient mortes
après avoir reçu des
décharges de pistolet. D'après les
légistes américains, une quarantaine de cas, à tout le moins, seraient
directement liés à l'utilisation du 'taser'.
Une arme non létale,
entre autres le 'taser', est une arme conçue pour que
la cible ne soit pas tuée ou blessée lourdement. Ce type d'arme est
principalement utilisé pour le maintien de l'ordre dans la dispersion d'émeutes
et d'autodéfense. Si on s'en réfère aux chiffres avancés par Amnesty, vous
conviendrez que ces armes peuvent tuer, ce qui est loin du but poursuivi.
Madame la ministre, ne
pensez-vous pas que les moyens utilisés actuellement par les policiers
(menottes, matraques, bombes lacrymogènes, etc.) sont suffisants pour maîtriser
une personne ?
Quand vous parlez de
généralisation de l'utilisation de cette arme, à quoi faites-vous allusion? Qui
serait visé par cette généralisation ? La police locale est-elle concernée par
cette mesure? À ce propos, les équipes d'intervention des polices locales
pourront-elles utiliser cette arme non létale? Quelles autres unités de police
pourraient-elles être concernées par cette généralisation ?
Dans quelles situations
l'utilisation du 'taser' sera-t-elle autorisée et ce,
au détriment de moyens moins dangereux de maîtrise d'une personne ? Cela ne
va-t-il pas entraîner des situations confuses et surtout dangereuses tant pour
la santé, voire la vie de la personne qui reçoit la décharge, que pour le
policier qui utilise cette arme ? En effet, en cas de blessure grave ou de
décès de la personne, le risque est grand sur le plan des poursuites
judiciaires pour le policier.
Annemie Turtelboom, ministre: Chers collègues, le 'taser' fait partie de l'armement particulier de la police.
Il est utilisé par les unités spéciales de la police fédérale. L'obtention
d'une telle arme spéciale
par un autre service de
police doit faire l'objet d'un avis de la commission "Armement" de la
police intégrée et d'une autorisation limitative de mon office. À l'heure
actuelle, seule la zone de police
d'Anvers dispose d'une telle
autorisation qui vaut nominativement pour 12 personnes. Le tout est bien
réglementé par une loi, un arrêté et une circulaire. La situation est
parfaitement sous contrôle.
Aucune nouvelle demande
ne m'est parvenue mais, d'après mes informations, elles ne tarderont pas à
m'être envoyées. Je les examinerai scrupuleusement. Il y va notamment de
l'intégrité physique des citoyens et de la sécurité, y compris celle des
policiers. Le Taser restera en tout catalogué comme
arme spéciale qui ne peut être utilisée que sous des conditions strictes par un
nombre restreint de personnes spécialement entraînées. Il fait partie de l’arsenal
de moyens à mettre en oeuvre après mûre réflexion et
de manière progressive: paroles, mains, matraque, spray au poivre, Taser et arme à feu. Telle est la progression. Ainsi, nous
répondrons par la négative à toute demande visant à généraliser le recours à
cette arme. En ce qui concerne le recours au Taser
contre les militants du
Lappersfortbos,
je me réfère à ma réponse du 17 mars 2010. En l'occurrence, l'unité spéciale du
CGSU a utilisé le Taser comme point de pression dans le cadre d'un contact
physique entre des
policiers spécialement entraînés
et deux militants qui s'étaient enchaînés à dix mètres de haut.
Après deux heures de négociations
et le recours infructueux à d'autres techniques, les policiers ont très
brièvement utilisé le Taser. La technique a été appliquée
correctement et aucun autre incident n'a été à déplorer.
André Frédéric (PS): Madame la ministre, je vous remercie pour
votre réponse dont je suis assez satisfait. J'en retiens que l'avis préalable
de la commission d'armement de la police intégrée est impératif. Vous estimez
que la situation est sous contrôle et qu'il n'y a pas de nouvelle demande.
Je retiens également que
vous ne souhaitez pas en généraliser l'utilisation, ce qui me rassure.